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Propos sur Proweller

“Courbes de vie” 

Scènes très quotidiennes de vie tranquille ; enfants, gens simples, fleurs, oiseaux, couples qui s’enlacent, journées lumineuses et nuits apaisées, mains sur le ciel, formes pleines et rondes : Les tableaux de Proweller s’inscrivent en courbes de bonheur sur le tragique du monde, sur son devenir inquiétant. Cette simplicité du vécu, cette harmonie, cette lumière, sont le résultat d’une longue maturation d’une vitalité sans cesse remise à l’épreuve pour atteindre et maintenir la plénitude de l’instant où tout vibre où tout est en rapport de sympathie grâce à des couleurs et à des formes qui se répondent. Les tableaux de Proweller sont d’une telle densité et d’une telle subtilité que leur contenu ne peut qu’échapper à un observateur superficiel muni d’un code de lecture stéréotypée. Tableaux inspirés, ils suggèrent beaucoup. Le bonheur n’existe pas plus que la vérité à l’état de permanence comme s’il était possible de ramener l’univers à un seul élément. Par contre il importe de trouver, de préserver ou de faire renaître ces zones protégées dans l’espace, dans le temps et en soi-même où les courbes de vie peuvent s’épanouir tout au long de leur trajectoire, et c’est justement ce que construit Proweller. Peinture naît de tensions multiples, tension entre la conscience lucide que tout change et le besoin douloureux de permanence, tension entre la volonté de tout sentir dans la plénitude et la confusion de tous les sens et celle d’organiser ces sensations en un monde intelligible, tension entre une existence bourrée de malheur et un amour de la vie qui chaque fois  sauve le peintre ; Et nous découvrons un monde lumineux d’harmonies heureuses, monde utopique mais d’une utopie quotidienne où le temps freine et s’arrête, où les corps jouent librement dans la douceur du jour et de la nuit. Cette peinture devance même d’une certaine façon la modernité puisqu’elle parle déjà de reconstruction possible à un moment où tout s’effondre. La sérénité aurait-elle, par moment, dès maintenant sa place ? Dans la courbe de vie de Proweller le bonheur est au beau fixe. »

Jean-Marie Gibbal

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